| Photographe du voyage, Jean-Michel Rillon, énigmatique, présent et absent, ici et là-bas, insaisissable, toujours en mouvement, l’œil immobile rivé à l’objectif qu’il malmène dans ses pérégrinations, ne laisse pas indifférent celui qui feuillète un instant ses albums photos. De la grisaille d’où naissent des gris sensuels, il opacifie l’insalubre vision de ces zones impénétrables. Le noir, le blanc le gris, tel est son domaine, où les fantômes, les oubliés, prennent corps. Il saisit les instants qui nous échappent ,à nous les non-voyants. Il ne photographie ni le bien ni le mal, il expose en pleine lumière une réalité simple sans ornements, pour laisser au regard de l’autre toute liberté de choisir son angle. Jean-Michel Rillon a l’honnêteté de ne pas transcender ce qu’il photographie et ne nous impose aucune vision sublimée. Sur les terrains vagues, il saisit l’objet inanimé « sans âme », ou cueille un personnage dans son déplacement. Dans les enchevêtrements, il libère des espaces vivants et lumineux. D’une boîte à photos héritée d’une grand-mère, boîte à jamais fermé parce que la clé fut égarée, de son désir d’accéder à cette mémoire refusée pour la simple raison qu’il ne fallait pas sacrifier la beauté de l’objet à la curiosité, Jean-Michel n’a eu de cesse d’ouvrir d’autres boîtes dont il avait la clé. Son enfance fut jalonnée de boîtes : Boîtes ouvertes à son regard, celles de son père marchand et collectionneur de timbres, timbres- paysages, timbres- visages, où tout est miniaturisé et auxquels Jean-Michel va vouloir plus tard, par la pratique photographique , redonner une autre dimension. Boîtes ouvertes ou entr’ouvertes que sa mère achetait et vendait dans l’univers des antiquaires, univers clos parfois, où les mystères n’y sont pas révélés, mystères qu’il va vouloir élucider plus tard en photographiant l’envers et l’endroit du décor. Boîte précieuse de la grand-mère, à jamais fermée, celle qui, par son silence absolu, a suscité le désir d’aller voir au-delà et de forcer la porte de l’in communiqué. Dans ce milieu petit bourgeois parisien, dans la ville de Vincennes est né en 1951, un enfant qui aurait pu lui aussi collectionner des boîtes, mais sa curiosité l’a amené plus loin que le bout de son nez : il a choisi l’objectif comme appendice nasal et l’a déplacé vers ce qu’il a de plus précieux, son regard. Nicole Gal plasticienne |
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